Le 23 décembre 2024
Une plantation de jasmin en Egypte Crédits : Givaudan
Le jasmin est une plante mesurant 1 à 4 mètres, cultivée pour ses fleurs blanches très odorantes. Il apporte une touche florale douce et sucrée aux plus grands parfums, dont J’adore de Dior.
Sa floraison est abondante entre mai et septembre. Pour ne pas que la fleur ne s’abîme au soleil, il est récolté à la main entre 3 heures du matin et midi, ce qui optimise la qualité odorante.
Les fleurs de Jasmin sont utilisées pour fabriquer une pâte cireuse très odorante qu’on appelle la concrète, qui servira à fabriquer l’absolu via une technique d’extraction par solvant volatil (généralement de l’hexane).
En 1955, à la suite de ses études de Chimie en France, Ahmed Fakhry emmène depuis Grasse le jasminum grandiflorum jusqu’en Egypte. Il y développe des plantations et fonde l’entreprise Fakhry and Co, première entreprise égyptienne d’huiles essentielles.
Fakhry and Co est aujourd’hui le fournisseur officiel de Givaudan, et réalise entre 60 et 70% de la production égyptienne de concrète de jasmin.
Concrète de jasmin
Le delta du Nil en Egypte et la région du Tamil Nadu en Inde représentent a elles deux 95% de la production de Jasmin dans le monde. Zoomons sur le delta du Nil.
En Egypte, 90% des champs de jasmin se trouvent autour du village de Shoubra Beloula dans la région de Gharbeya, sur le delta du Nil.
Vue satellite du delta du Nil (crédit Wikipedia)
Au total, ils recouvrent environ 450 hectares dans le pays.
La production depuis 10 ans est relativement stable : entre 4,5 et 6 tonnes de concrete de Jasmin chaque année.
Il faut 2 tonnes de jasmin soit 12 millions de fleur pour faire 5kg de concrete de jasmin. Soit un rendement qui oscille entre 0,25% et 0,5%. La concrete servira à fabriquer l’absolu (avec un rendement de 60%-70%).
La production de jasmin en Egypte est exposée à différents risques que nous allons lister dans les sections suivantes.
💧 Risques d’accès à l’eau
📃 Risques réglementaires
🦠 Risques sur la qualité de l’eau
🌊 Risques de montée des eaux & salinisation
🗣️ Risques réputationnels
Avec moins de 25 millimètres de précipitations annuelles sur l’ensemble du pays, l’Egypte est un territoire désertique dépendant du Nil pour 95% de ses ressources en eau potable. Le Nil lui-même est alimenté par un bassin situé des milliers de kilomètres en amont de son delta. Son débit dépend donc grandement de la situation dans la région des grands lacs Africains et en Ethiopie.
Le débit du Nil, marqué par une grande variabilité annuelle, a connu une sensible baisse depuis 50 ans, passant de 3000 m³/s à 2830 m³/s.
Plusieurs expertises prévoient une forte diminution future (de 40 à 70 %) du niveau du Nil, causée par la chute des précipitations et à la sécheresse en Afrique de l’Est, loin en amont de l'Egypte.
Les bords du Nil dans le sud du pays (crédit Sud-Ouest)
Attention : les prévisions de précipitations comptent parmi les projections climatiques les plus délicates à réaliser, et sont donc marquées par une grande incertitude.
Par ailleurs, un facteur d’incertitude important est le nouveau barrage hydroélectrique GERD (Grand Ethiopian Renaissance Dam), finalisé en 2021, et dont l'exploitation pourrait affecter débit du fleuve.
Grand Barrage de la Renaissance, Ethiopie (crédit Le Point)
Aujourd’hui le pays est en situation de stress hydrique avec 750 m³/hab/an. Selon la FAO, le pays devrait atteindre le seuil du stress hydrique absolu (moins de 500 m³/hab./an) d’ici 2030.
➡️Le jasmin présente des forts risques d’accès à l’eau (car il dépend de l’irrigation par les eaux du Nil), et de contribution à la sécheresse (car sa culture est fortement irriguée).
L’Égypte importe chaque année 21 millions de tonnes de blé, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix, exacerbées par la guerre en Ukraine. Pour réduire cette dépendance, l’Égypte envisage d’accroître sa production de blé de 10 % dans les années à venir.
Par ailleurs, suite à la mise en eau du barrage GERD en 2021, qui pourrait entraîner une diminution significative du débit du Nil, le gouvernement égyptien a plafonné les surfaces cultivées en riz à 300 000 hectares. Cette mesure vise à limiter l’impact de la culture du riz, reconnue pour sa forte consommation en eau.
— Insérer un comparatif des empreintes eau du blé et du riz. —
➡️Ce risque réglementaire lié au contrôle des cultures est donc limité pour le jasmin, du fait de sa forte rentabilité et de sa faible emprise spatiale de sa culture.
Le Nil est ponctué de barrages qui permettent la production d'électricité ainsi que le contrôle des crues périodiques du fleuve. Mais ces ouvrages ont aussi pour effet de retenir et limons fertilisateurs, leur empêchant de s'écouler jusqu'au delta.
Vue aérienne du haut barrage d'Assouan (crédits : Wikipedia)
Ceci a eu pour effet d'augmenter le recours des agriculteurs à des engrais chimiques.
En plus des barrages déjà existants, plusieurs ouvrages sont en projet, essentiellement dans le Soudan voisin.
➡️Le recours accentué aux engrais a finalement pour effet notamment de dégrader la qualité des eaux.
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